Philippa Fawcett (1868—1948) Une matheuse anglaise dans un monde phallocrate
Publié le 16/04/2018

Philippa Fawcett (1868—1948)

Une matheuse anglaise dans un monde phallocrate

 

 

En 1890 Philippa Fawcett est étudiante au Newnham College de Cambridge en Angleterre où elle passe le Cambridge Mathematical Tripos Exam, le célèbre examen très exigeant de Cambridge. Elle surpasse tout le monde sans pouvoir obtenir le titre de senior wrangler décerné au meilleur… homme !

Poursuivant ses études à Cambridge, elle publie dès 1893 un article de mécanique des fluides ”Note on the motion of solids in a liquid” dans le Quarterly journal of pure and applied mathematics alors édité par Cayley, Glaisher et Forsyth.

Son succès fit grand bruit dans un monde où les femmes se battaient pour obtenir le droit de vote (sa mère était une suffragette de premier plan, Millicent Garrett Fawcett). Il fût même célébré dans un poème composé pour l’occasion en 1890 (un peu de vocabulaire en note pour celles et ceux qui n’ont pas lu Wordsworth ou Browning — Elizabeth ! — depuis un moment) :

Hail the triumph of the corset
Hail the fair Philippa Fawcett
Victress in the fray1
    Crown her queen of Hydrostatics
    And the other Mathematics
Wreathe2 her brow with bay3.
If you entertain objections
To such things as conic sections
Put them out of sight
    Rather sing of the essential
    Beauty of the Differential
Calculus tonight.
 
Worthy of our approbation
She who works out an equation
By whatever ruse
    Brighter than the Rose of Sharon
    Are the beauties of the square on
The hypotenuse.
 
Curve and angle let her con4 and
Parallelopipedon and
Parallelogram
    Few can equal, none can beat her
    At eliminating theta
By the river Cam.
 
May she increase in knowledge daily
Till the great Professor Cayley
Owns himself surpassed
    Till the great Professor Salmon
    Votes his own achievements gammon5
And admires aghast6.


Philippa Fawcett n’était pas la première femme à réussir le Tripos. Sarah Woodhead (1851—1912) avait passé en 1873 l’examen jusque-là réservé aux hommes.  Puis Charlotte Angas Scott (1858—1931) qui fit une remarquable carrière aux États-Unis, obtint aussi la permission de se confronter à l’examen des hommes, et y finit 8ème. Cependant, au lieu d’obtenir le titre réputé de Eighth Wrangler, celui-ci fut réservé à un homme moins bien classé. Ne se laissant pas décourager, Charlotte Scott fêta sa réussite au Griton College. À partir de ce moment les femmes eurent le droit de passer le Tripos et d’avoir leur propre classement, ainsi qu’un diplôme spécifique attestant cette réussite. De nos jours les Tripos ne distinguent plus les sexes, du moins si l’on ne fait pas rentrer trop de sociologie dans cette affirmation !   

Après ses débuts prometteurs en physique mathématique, Philippa Fawcett fit une carrière dédiée à l’éducation et joua un rôle important dans le développement du système éducatif anglais.

Il fallut attendre 1948 pour que le texte qui permettait de décerner la licence de Cambridge à une femme (le Cambridge BA degree) soit officiellement validé par les autorités royales ! Pour mémoire, les femmes britanniques obtinrent le droit de vote à partir de 30 ans en 1918, et à 21 ans comme les hommes en 1928 (21 avril 1944 en France...)

De nos jours plusieurs bâtiments et plusieurs routes du campus de Cambridge portent le nom de Fawcett. On peut penser que la communication actuelle de l'université n'est pas sans rapport avec l'engagement d'avant-garde de ces femmes de sciences :

 



 

  • 1. A situation of intense competitive activity
  • 2. Twist or entwine (something flexible) round or over something
  • 3. Laurus nobilis, family Lauraceae
  • 4. Study attentively or learn by heart (a piece of writing)
  • 5. Nonsense; rubbish
  • 6. Filled with horror or shock
 
 
 
 
 
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