Sophie Kovalewsky : Souvenirs d'enfance | Michèle Audin
Publié le 29/11/2018

Sophie Kovalewsky : Souvenirs d'enfance

par Michèle Audin

 

Voici les Souvenirs d’enfance, de Sofia Kovalevskaïa, un livre paru en français en 1895, enfin réédité.

Sofia Kovalevskaïa était une jeune femme ardente et vive, une mathématicienne de talent. Auteure du théorème dit « de Cauchy-Kovalevskaïa », indispensable pour les équations aux dérivées partielles analytiques, et dans la nom duquel celui de Cauchy n’est là que pour la décoration. Inventeuse de « la toupie de Kovalevskaïa », un drôle de solide. Et d’informations sur les anneaux de Saturne, et de travaux sur les intégrales abéliennes...

Ardente et vive, heureusement! Car, pour devenir la chercheuse brillante qui accomplirait cela, il lui fallut passer par des épreuves auxquelles on a peine à croire aujourd’hui. Trouver (en Russie) un homme qui veuille bien l’épouser à seule fin de lui servir de passeport. Convaincre (à Berlin) un vieux misogyne de mathématicien que, puisqu’elle ne pouvait pas entrer dans l’université pour assister à son cours, il fallait qu’il lui enseigne l’analyse en particulier. Écrire trois articles au lieu d’un pour passer un doctorat (à Göttingen). Devenir veuve pour que, enfin considérée comme majeure, elle puisse obtenir un poste de professeur dans une université (à Stockholm)…

Avec ça nihiliste, et même un peu socialiste, au point de passer du temps à travailler dans une ambulance à Paris pendant la Commune de 1871.

Et, comme si ce n’était pas assez, écrivaine. Auteure de pièces de théâtre, de nouvelles, d’un roman (Une Nihiliste, justement) et de Souvenirs d’enfance. Ceux que voici.

Ardente et vive, jusqu’à mourir, une pleurésie, à l’âge de quarante et un ans, en plein bonheur, scientifique et personnel, comme une authentique héroïne du dix-neuvième siècle.

De sorte qu’elle n’a pu écrire que des souvenirs d’enfance, et pas la suite, ni L’Adolescente, ni En Gagnant mon pain, ni même Mères et filles. Et que nous avons donc aussi une Biographie, écrite, tant bien que mal, par son amie suédoise Anne-Charlotte Leffler.

La publication, dès 1891, de cette biographie à la suite des souvenirs de Sofia Kovalevskaïa, lui a donné une légitimité qu’elle n’aurait peut-être pas dû avoir. D’une part, la biographe, bien que sœur et épouse de mathématiciens, ignorait que les mathématiques pouvaient procurer du bonheur. D’autre part, elle n’était pas très au fait des contextes dans lesquels s’étaient déroulés certains épisodes de la vie de son amie.

Les éditions Spartacus-IDH reproduisent ici ces deux textes, tels qu’ils sont parus en traduction française (traduction dont nous ignorons les auteurs) en 1895. Tels quels, avec leur orthographe, sans en changer un signe (sauf erreur de leurpart, ou de la mienne...).

Tels quels, mais avec quelques chapitres inédits en français, soit parce que Sofia Kovalevskaïa ne les avait pas terminés, soit parce qu’elle les avait gardés par devers elle pour ne pas affronter la censure russe — les conditions de la publication des textes appartiennent aussi à l’histoire.

Tels quels, mais avec un article de Mittag-Leffler qui éclaire, par les lettres de Weierstrass, les qualités du travail mathématique de Sofia Kovalevskaïa.

Tels quels, mais avec des notes qui donnent des informations, rétablissent une chronologie un peu maltraitée et, grâce à des sources nouvelles, précisent cette chronologie pour la période 1870-71, corrigent quelques commentaires « psychologisants » d’Anne-Charlotte Leffler, ajoutent un peu de mathématiques, bref rendent cette publication actuelle.

Le livre est réalisé avec beaucoup de soin, il est lisible en ligne sur le site de l’éditeur et  s’accompagne de vidéos V1 et V2  dans lesquelles Sofia Kovalevskaïa et son livre sont présentés par l’auteure des notes et de cet article.

Michèle Audin


Sofia Kovalevskaïa (1850-1891)

Mathématicienne russe, elle a étudié en Allemagne et laissé son nom à un théorème indispensable sur les équations aux dérivées partielles et à une sorte de gyroscope aux propriétés particulières. Elle a été professeur à l’université de Stockholm. Elle a obtenu un prix de l’Académie des sciences de Paris. Elle est aussi l’auteur du roman Une nihiliste et de Souvenirs d’enfance.

Anne-Charlotte Leffler (1849-1892)

Écrivaine suédoise, elle était la soeur du mathématicien Gösta Mittag-Leffler, et ainsi une amie proche de Sofia Kovalevskaïa.

Michèle Audin

Mathématicienne et écrivaine, elle est connaisseuse de Sofia Kovalevskaïa, de ses mathématiques, de ses écrits, de sa vie, sur lesquels elle a écrit le livre Souvenirs sur Sofia Kovalevsaya (éd. Calvage & Mounet). 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
 
 
 
 
Dernières publications