Le dessous des timbres : quand Émilie du Châtelet sort de l’ombre

Le dessous des timbres :

quand Émilie du Châtelet sort de l’ombre

Amélie & Gabrielle Escaich*

 


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L'année 2019 voit l’arrivée d’un nouveau timbre, et pas des moins notables : un timbre à l’effigie d’Émilie du Châtelet !

Née Gabrielle Émilie Le Tonnelier de Breteuil dans l’aristocratie française du début du XVIIIe siècle, elle s’affirme historiquement comme pionnière à tous niveaux : physicienne, mathématicienne et femme de lettres, elle est la première à traduire en français les Principia mathematica1 de Newton. Ainsi, on retient son nom comme l’une des rares femmes scientifiques de son siècle à avoir marqué durablement les esprits.

Le timbre à son effigie reprend une partie d’une peinture de Maurice-Quentin de la Tour, représentant le génie de cette marquise dans toute sa splendeur. En effet, ce tableau représente Émilie du Châtelet assise à son bureau, lieu d'étude et de travail sur lequel sont disposés bon nombre d'ouvrages de physique, géométrie, mathématiques, abîmés par l’usage et le temps. La femme des Lumières nous regarde droit dans les yeux, le sourire aux lèvres, l’air aimable et confiant. Elle tient dans sa main un compas, qui rappelle son intérêt et sa passion pour les sciences. En arrière-plan se trouve une sphère armillaire, qui, en astronomie, est un instrument modélisant la sphère céleste dans le but d'étudier les mouvements stellaires et solaires, entre autres. À la Renaissance, sa présence dans les portraits de savants ou autres personnages importants symbolise à la fois sagesse et grande érudition. La marquise est vêtue d'une belle robe aux couleurs vives, parée de rubans et de dentelles, illustrant son appartenance à la noblesse. Le bleu de sa robe pourrait être le bleu de Prusse, découvert l'année de sa naissance et appelé pour la première fois par ce nom dans une correspondance entre Frisch et Leibniz, ce dernier ayant vu populariser son œuvre de physique sur l’énergie cinétique par la marquise elle-même... Serait-ce une référence au génie de Leibniz permettant de mettre en lumière l'intelligence scientifique d'Émilie du Châtelet par la couleur ?

En 2016, c’était Sophie Germain, mathématicienne non moins notable, qui faisait son apparition sur les timbres français. Deux femmes, deux mathématiciennes : faut-il y voir l’amorce d’une valorisation des femmes scientifiques dont les noms s’effacent souvent dans l’ombre de leurs homologues masculins ? Le doute persiste, mais le fait qu’une femme ait reçu, pour la première fois, la médaille Fields2 en 2014 peut être une lueur d’espoir supplémentaire chez celles et ceux qui estiment que la quasi-inexistence des femmes dans les sciences est un construit historique et social bien plus qu’un fait biologiquement fondé.  


Sources :

- Catalogue de l'exposition d'Émilie du Châtelet
- Compte-rendu de la conférence UTL du 2 Décembre 2013 : « La marquise du Châtelet, compagne de Voltaire », femme de sciences par Monsieur Bernard Fremaux
- herodote.net, toute l’histoire en un clic

Amélie Escaich & Gabrielle Escaich

 


 

1
En entier : Philosophia naturalis principia mathematica. Publié en latin en 1687 par Isaac Newton, et paru en français en 1759 (édition posthume).
2
Il s'agit de Maryam Mirzakhani.

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Gabrielle Escaich est membre du groupe d’auteurs CM-ENS Paris